Il est né à Ludwigshafen, une ville en bordure du Rhin dans le sud-ouest de l’Allemagne, et c’est aussi là qu’il a fini ses jours le 17 juin 2017, à l’âge de 87 ans.

Helmut Kohl ne fut pas seulement  le chancelier qui gouverna l’Allemagne de 1982 à 1998 : il  “a écrit l’Histoire par deux fois”, titre le quotidien Frankfuter Allgemeine Zeitung, en jetant toutes ses forces dans le double projet de réunifier l’ Allemagne après la chute du Mur en 1989 et de sceller le destin de son pays à l’Union européenne. “C’est une chance pour les Allemands qu’il ait existé”, a lancé la chancelière Angela Merkel dans une première déclaration reprise par le site de l’hebdomadaire die Zeit. “Helmut Kohl a changé le cours de ma vie.”

La presse allemande rend hommage à son “chancelier de la réunification”, expression consacrée que retiendront les manuels scolaires, et ouvre ses colonnes “aux derniers adieux” de lecteurs, à l’instar du site Focus, sur lequel une femme écrit :

Je m’appelle Birgit Pähle, j’ai 48 ans, et sans vous, je vivrais encore de l’autre côté de la frontière [séparant les deux Allemagne] privée de liberté. Je peux aujourd’hui rendre visite à ma famille et mes amis sans aucune paperasserie de l’autre côté de l’ancienne frontière. Je pense que beaucoup l’ont oublié. Merci pour cette révolution pacifique.”

Une réunification à haut risque

Dans un long article rétrospectif, un éditorialiste du quotidien die Welt souligne l’immense défi qu’a représenté l’effrondrement du bloc communiste en 1989 et la réunification de l’Allemagne en 1990.

Le chancelier promettait aux Allemands de l’est “des lendemains qui chantent”, mais l’instabilité était partout, “et notamment à l’extérieur” avec des troubles inquiétants dans les pays voisins, “nés de l’éclatement de l’Union soviétique en états indépendants instables.”

“D’un côté, décrit die Welt, il y avait l’immense soulagement de voir arriver la fin de la guerre froide. Mais de l’autre, cela signifait des millions de chômeurs, des territoires dépeuplés et une forte radicalisation politique. La réunification menaçait de prendre le visage de Janus.”

Dans ce paysage plutôt grimaçant que chantant,  “Helmut Kohl a été l’homme de la situation. Face à la menace du chaos sur le continent, cet homme hostile à toute domination allemande a créé l’Europe que nous connaissans aujourd’hui.”

Une fin de règne délétère

Helmut Kohl n’attire pas que les louanges, loin s’en faut. “Il n’était pas mon chancelier. Enfin, pendant longtemps”, titre ainsi un éditorialiste sur le site Der Spiegel qui avait dix ans lorsque le chancelier est arrivé au pouvoir, en 1982.

La monnaie unique arborait un air fringant dans son paquet-cadeau, mais l’euro m’est apparu rapidement comme une farce capitaliste qui rendait tout plus cher. Quant à l’Europe, ce n’était rien que de plus normal à mes yeux, et tout le discours sur l’unification européenne m’était totalement étranger.”

La presse allemande rappelle aussi une fin de règne délétère, avec les affaires des caisses noires de son parti, la CDU (chrétiens-démocrates, conservateur), qui ont émergé à la fin de l’année 1999. “Une fin de carrière abrupte où le nom d’Helmut Kohl était soudain associé à de l’argent sale […] et des caisses noires du parti”, résume Focus.

“En dépit de ces ombres sur son héritage”, conclut Der Spiegel Helmut Kohl a beaucoup fait pour l’Allemagne. Il a été le chancelier de la réunificaiton et a donné de l’impulsion à la construction européenne.”

Sabine Grandadam